Le projet français d'union méditerranéenne , entre volontés ambitieuses et réticences légitimes.
Par MJS Aube, mercredi 2 avril 2008 à 11:22 :: Eclairage... :: #473 :: rss
Par Benjy,
Alors que la France s’apprête à prendre, pour la douzième fois, la présidence de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy a fait de la construction d'une Union Méditerranéenne l'une des priorités de la diplomatie française.
Après avoir étudié la semaine dernière les leçons du processus de Barcelone, dégageons en quoi cette relance est ambitieuse et pourquoi elle a suscité des réticences de la part de nos partenaires européens. La semaine prochaine, enfin, nous mettrons en lumière les enjeux économiques et les perspectives politiques de cette région du monde en quête d’une confiance réaffirmée.
Lors du discours prononcé à Toulon le 7 février 2007 Nicolas Sarkozy énonce un projet d’union méditerranéenne. Le principe est de créer une union de la méditerranée calquée sur le modèle de l’union européenne. Cette nouvelle organisation régionale devraient réunir les états riverains du nord au sud de la méditerranée autour d’une même constitution, d’un parlement et peut-être (car cela reste encore à officialiser) d’une banque de développement. Le but étant s’arriver à une coopération économique, militaire et écologique gérant également l’immigration.
La France, qui poursuit des objectifs diplomatiques nationaux afin de regagner son influence en méditerranée et montrer qu’à travers ce projet régional elle n’oublie pas son histoire, veut relancer les liens euro méditerranéens.
Malgré la bonne volonté du projet, les réactions de ses partenaires sont assez contrastées tant chez les pays nord que ceux en bordure de la méditerrané. La forme, plus que le fond (encore peu précis), a provoqué la réticence de pays n’étant pas associés à cette initiative. C’est le cas de l’Allemagne, par exemple, qui a été agacé par la volonté de leadership français. En Espagne et en Italie, le constat est similaire, car ces pays n’ont été informés de ce projet qu’après l’annonce de Nicolas Sarkozy. Sans oublier que l’Espagne est en « concurrence » avec la France depuis longtemps pour le leadership euro méditerranéen, toujours présent dans les initiatives européennes envers cette région du monde. Elle tient d’ailleurs à rappeler qu’il faudrait remettre ce projet dans le cadre d’une concertation au sein de l’Europe sans s’éloigner du processus de Barcelone (en Espagne !).
L’Italie, l’Espagne et la France pays de poids dans l’Europe des 27 verraient également leurs intérêts se renforcer et leur influence croître si ce projet pouvait aboutir. De plus, ces pays ont tous un intérêt quant à l’immigration clandestine : cette institution renforcerait cette lutte contre l’immigration illégale. De l’autre côté de la méditerranée les retours sont plutôt positifs, notamment au Maroc et en Tunisie. Cependant comment cela pourrait il être différent ? Il faut dire que ce projet veut redynamiser le développement de technologies, les échanges d’étudiants, l’accès à du matériel militaire… Cela leur offre aussi la possibilité de dialoguer avec un interlocuteur plus petit et plus proche que l’Union Européenne ou les Etats-Unis.
Souvent il est dit que ce projet est fait en parti pour y recentrer les pays comme la Turquie visant à les détourner de leur adhésion à l’Union Européenne. Pour les turcs le processus d’adhésion permet leur modernisation, mais leur diplomatie, désormais consciente du peu de motivation de certains pays de l’union européenne, joue la carte de la non impatience d’adhésion à l’Europe.
La Chine a désormais un rôle important dans le développement du Maghreb et plus généralement de l’Afrique. En effet, elle exporte du textile et des vêtements à bas coût, des biens d’équipement, des véhicules et des produits alimentaires comme le riz. Elle importe en retour des matières premières (cuivre, chrome, manganèse etc.) nécessaire pour les produits électroniques, coton, et aussi du pétrole qui représente 70% des importations chinoises sur le continent africain, ce qui représente 30% de son approvisionnement. Elle assure aussi la sécurité de son approvisionnement en finançant des installations pétrolières et des mines. De plus en plus présent sur les marchés de construction en Egypte, la Chine met en œuvre la construction de bâtiments et de routes en Algérie car la main d’œuvre chinoise est peu coûteuse et estimée à 100 000 présente sur le continent noir sans compter les 400 000 chinois issus de la diaspora naturalisée. Mais il existe d’autres facteurs qui sont diplomatiques, on note une volonté de compenser la présence américaine sur les réserves d’hydrocarbures et de contrer l’implantation japonaise qui, elle, désire un siège de membre permanent au sein du conseil de sécurité de l’ONU. De plus, cela vise à isoler Taiwan qui a eu beaucoup d’influence dans le développement de certains pays africains qui ne reconnaissaient pas Pékin. Désormais, plusieurs pays se tournent vers ce dernier ce qui est mal accepté par Taiwan.
En matière de politique, la Chine ne se préoccupe pas des questions de bonne gouvernance. On a pu voir notamment au sujet du conflit au Darfour où Pékin s’est abstenu, au conseil de sécurité de l’ONU, de prendre des sanctions contre le Soudan allant même jusqu'à fournir des véhicules et des armes à son gouvernement contournant l’embargo. Cette non-ingérence plait aux pays africains qui considèrent les Etats-Unis et les Europe comme des néo colonialistes. Cependant, traité d’égal à égal par ses interlocuteurs, la Chine n’hésite pas à baisser ses prix ayant des effets négatifs sur l’emploi africain.
Les Etats-Unis favorisent actuellement au Maghreb un type de développement privilégiant la croissance économique durable. Le principal intérêt américain est économique avec le Programme économique américain pour l’Afrique du Nord lancé en 1999. L’objectif était de resserrer les liens entre les Etats-Unis et les trois pays de l’Afrique du Nord en matière de commerce et d’investissement et d’inciter un plus grand nombre d’entreprises américaines à investir dans la région et à créer des emplois bien rémunérés. Le Programme économique américain pour l’Afrique du Nord, qui fait maintenant partie de l’initiative globale de Partenariat au Proche-Orient (BMEPI), rappelle constamment que les Etats-Unis souhaitent que le Maghreb devienne une entité intégrée dans la mondialisation et qui finisse par s’étendre vers l’Est. Avec l’actuelle amélioration des relations entre la Libye et les Etats-Unis, cette expansion n’est probablement pas si exagérée.
Le passage de Vladimir Poutine en Algérie en mars 2006 et au Maroc en septembre 2006 annonce aussi le retour de la Russie dans ses relations privilégiées avec Alger et Tripoli, et en montrant sa volonté de liens avec Rabat. Le Maroc a d’ailleurs acheté pour 200 millions de dollars d’armes russes entre 2000 et 2005, avec un possible achat d’un réacteur nucléaire. En parallèle, l’Algérie aurait achetée pour 7 milliards d’armement russe très sophistiqué : Mig29, Sukhoi, tanks, missiles… Après avoir perdu pied au Maghreb courant 1989, Moscou prend note du relatif déclin de l’influence française, de la stagnation du processus de Barcelone et la volonté de restreindre les visées de Washington au Maghreb. Pour de nombreux analystes, cela est à mettre en parallèle, avec l’insatisfaction du Kremlin quand eux vues européennes et à l’implantation américaine sur son « étranger proche ».
N'hésitez pas à lire l'ensemble des notre étude sur ce thème :
- Vers un « nouvel » élan pour une Union Méditerranéenne : les enseignements du processus de Barcelone.
- Le projet français d'union méditerranéenne , entre volontés ambitieuses et réticences légitimes.
- Union méditerranéenne : Enjeux économiques et perspectives politiques, vers une confiance réaffirmée.
La France, qui poursuit des objectifs diplomatiques nationaux afin de regagner son influence en méditerranée et montrer qu’à travers ce projet régional elle n’oublie pas son histoire, veut relancer les liens euro méditerranéens.
Malgré la bonne volonté du projet, les réactions de ses partenaires sont assez contrastées tant chez les pays nord que ceux en bordure de la méditerrané. La forme, plus que le fond (encore peu précis), a provoqué la réticence de pays n’étant pas associés à cette initiative. C’est le cas de l’Allemagne, par exemple, qui a été agacé par la volonté de leadership français. En Espagne et en Italie, le constat est similaire, car ces pays n’ont été informés de ce projet qu’après l’annonce de Nicolas Sarkozy. Sans oublier que l’Espagne est en « concurrence » avec la France depuis longtemps pour le leadership euro méditerranéen, toujours présent dans les initiatives européennes envers cette région du monde. Elle tient d’ailleurs à rappeler qu’il faudrait remettre ce projet dans le cadre d’une concertation au sein de l’Europe sans s’éloigner du processus de Barcelone (en Espagne !).
L’Italie, l’Espagne et la France pays de poids dans l’Europe des 27 verraient également leurs intérêts se renforcer et leur influence croître si ce projet pouvait aboutir. De plus, ces pays ont tous un intérêt quant à l’immigration clandestine : cette institution renforcerait cette lutte contre l’immigration illégale. De l’autre côté de la méditerranée les retours sont plutôt positifs, notamment au Maroc et en Tunisie. Cependant comment cela pourrait il être différent ? Il faut dire que ce projet veut redynamiser le développement de technologies, les échanges d’étudiants, l’accès à du matériel militaire… Cela leur offre aussi la possibilité de dialoguer avec un interlocuteur plus petit et plus proche que l’Union Européenne ou les Etats-Unis.
Souvent il est dit que ce projet est fait en parti pour y recentrer les pays comme la Turquie visant à les détourner de leur adhésion à l’Union Européenne. Pour les turcs le processus d’adhésion permet leur modernisation, mais leur diplomatie, désormais consciente du peu de motivation de certains pays de l’union européenne, joue la carte de la non impatience d’adhésion à l’Europe.
La Chine a désormais un rôle important dans le développement du Maghreb et plus généralement de l’Afrique. En effet, elle exporte du textile et des vêtements à bas coût, des biens d’équipement, des véhicules et des produits alimentaires comme le riz. Elle importe en retour des matières premières (cuivre, chrome, manganèse etc.) nécessaire pour les produits électroniques, coton, et aussi du pétrole qui représente 70% des importations chinoises sur le continent africain, ce qui représente 30% de son approvisionnement. Elle assure aussi la sécurité de son approvisionnement en finançant des installations pétrolières et des mines. De plus en plus présent sur les marchés de construction en Egypte, la Chine met en œuvre la construction de bâtiments et de routes en Algérie car la main d’œuvre chinoise est peu coûteuse et estimée à 100 000 présente sur le continent noir sans compter les 400 000 chinois issus de la diaspora naturalisée. Mais il existe d’autres facteurs qui sont diplomatiques, on note une volonté de compenser la présence américaine sur les réserves d’hydrocarbures et de contrer l’implantation japonaise qui, elle, désire un siège de membre permanent au sein du conseil de sécurité de l’ONU. De plus, cela vise à isoler Taiwan qui a eu beaucoup d’influence dans le développement de certains pays africains qui ne reconnaissaient pas Pékin. Désormais, plusieurs pays se tournent vers ce dernier ce qui est mal accepté par Taiwan.
En matière de politique, la Chine ne se préoccupe pas des questions de bonne gouvernance. On a pu voir notamment au sujet du conflit au Darfour où Pékin s’est abstenu, au conseil de sécurité de l’ONU, de prendre des sanctions contre le Soudan allant même jusqu'à fournir des véhicules et des armes à son gouvernement contournant l’embargo. Cette non-ingérence plait aux pays africains qui considèrent les Etats-Unis et les Europe comme des néo colonialistes. Cependant, traité d’égal à égal par ses interlocuteurs, la Chine n’hésite pas à baisser ses prix ayant des effets négatifs sur l’emploi africain.
Les Etats-Unis favorisent actuellement au Maghreb un type de développement privilégiant la croissance économique durable. Le principal intérêt américain est économique avec le Programme économique américain pour l’Afrique du Nord lancé en 1999. L’objectif était de resserrer les liens entre les Etats-Unis et les trois pays de l’Afrique du Nord en matière de commerce et d’investissement et d’inciter un plus grand nombre d’entreprises américaines à investir dans la région et à créer des emplois bien rémunérés. Le Programme économique américain pour l’Afrique du Nord, qui fait maintenant partie de l’initiative globale de Partenariat au Proche-Orient (BMEPI), rappelle constamment que les Etats-Unis souhaitent que le Maghreb devienne une entité intégrée dans la mondialisation et qui finisse par s’étendre vers l’Est. Avec l’actuelle amélioration des relations entre la Libye et les Etats-Unis, cette expansion n’est probablement pas si exagérée.
Le passage de Vladimir Poutine en Algérie en mars 2006 et au Maroc en septembre 2006 annonce aussi le retour de la Russie dans ses relations privilégiées avec Alger et Tripoli, et en montrant sa volonté de liens avec Rabat. Le Maroc a d’ailleurs acheté pour 200 millions de dollars d’armes russes entre 2000 et 2005, avec un possible achat d’un réacteur nucléaire. En parallèle, l’Algérie aurait achetée pour 7 milliards d’armement russe très sophistiqué : Mig29, Sukhoi, tanks, missiles… Après avoir perdu pied au Maghreb courant 1989, Moscou prend note du relatif déclin de l’influence française, de la stagnation du processus de Barcelone et la volonté de restreindre les visées de Washington au Maghreb. Pour de nombreux analystes, cela est à mettre en parallèle, avec l’insatisfaction du Kremlin quand eux vues européennes et à l’implantation américaine sur son « étranger proche ».
N'hésitez pas à lire l'ensemble des notre étude sur ce thème :
- Vers un « nouvel » élan pour une Union Méditerranéenne : les enseignements du processus de Barcelone.
- Le projet français d'union méditerranéenne , entre volontés ambitieuses et réticences légitimes.
- Union méditerranéenne : Enjeux économiques et perspectives politiques, vers une confiance réaffirmée.






Commentaires
1. Le dimanche 6 avril 2008 à 14:59, par Radépakret
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